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Routes historiques dans les quartiers de Barcelone (XXe siècle)

Sants-Montjuïc

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C’est dans cette église du quartier de la Bordeta que virent le jour les Comissions Obreres (Commissions ouvrières) en 1964. Il s’agissait d’un symptôme évident de l’organisation grandissante du mouvement ouvrier face au manque de liberté et aux dures conditions de travail imposées par le régime franquiste. En 1976, cette église accueillit l’assemblée qui rétablissait la Confederació Nacional del Treball (CNT, Confédération nationale du travail) en Catalogne.

À Barcelone, les Comissions Obreres (CCOO) furent officiellement créées en 1964 lors d’une réunion dans l’église Sant Medir, à laquelle participèrent près de 300 travailleurs, qui s’étaient progressivement organisés lors de réunions précédentes à l’église Sant Miquel de Cornellà de Llobregat. Ce mouvement était lié à la formation d’associations d’ouvriers dans les grandes usines métallurgiques et à l’apparition d'une nouvelle classe ouvrière, alimentée par les vagues d’immigrés en provenance du reste de l’Espagne. Parmi les travailleurs participants à l'assemblée de Sant Medir, on trouvait des représentants de tous les secteurs industriels. Les Commissions ouvrières s’auto-définissaient comme un mouvement sociopolitique et non comme un syndicat. Leur but était de réunir l’ensemble des salariés, quelle que soit leur idéologie. Dès le début, elles affichèrent une volonté d’agir conformément à la loi (par opposition à l’action clandestine des syndicats), tout en dénonçant que le Syndicat vertical (seul syndicat légal en Espagne sous le franquisme) ne défendait pas les intérêts des travailleurs. Elles critiquèrent le manque de droits des travailleurs et travailleuses et proposèrent la création d’un programme de revendications, tout en soulignant la nécessité de lancer un appel pour créer des commissions ouvrières dans toutes les entreprises.

L’église Sant Medir fut également le théâtre, le 29 février 1976, de l’assemblée qui rétablissait la Confederació Nacional del Treball (CNT, Confédération nationale du travail), un syndicat fondé en 1910 sur le principe de l’anarcho-syndicalisme, qui fut interdit par le régime franquiste. Au sein de la Centrale syndicale, qui avait été l’une des principales forces d'opposition clandestine à la dictature jusqu’au milieu des années 1950, des groupes libertaires jeunes et indépendants commencèrent à se former à partir de 1970. Ces derniers, aux côtés des militants historiques de la CNT, permirent de rétablir la confédération. 500 personnes participèrent à l’assemblée de Sant Medir pour aborder plusieurs questions essentielles : les critères d’organisation à suivre, les tactiques d’action syndicale à mettre en place et la pluralité syndicale au sein de l’organisation. La CNT fut officiellement reconnue le 9 mai 1977.

La création de CCOO et le rétablissement de la CNT dans l’église Sant Medir sont en grande partie dus à l’existence d’un catholicisme ouvrier, qui s’érigea en tant qu’élément clé du nouveau mouvement ouvrier émergent en Catalogne au milieu des années 50. Les aumôniers ouvriers officiaient dans les églises des villes et des quartiers où la classe ouvrière était très présente, tandis que les syndicats clandestins étaient soutenus par des militants catholiques. Le catholicisme constitua donc l’un des piliers de l'opposition antifranquiste en Catalogne, au même titre que le marxisme et le nationalisme.

Localisation: Carrer de la Constitució, 17 || Coordonnées: (LAT, LONG): 41.369831708, 2.137952194

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