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Routes historiques dans les quartiers de Barcelone (XXe siècle)

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À cet endroit du quartier de la Prosperitat se tenait l’usine Harry Walker, qui devint un symbole de la lutte ouvrière contre le franquisme dans les années 1970. Les ouvriers firent une grève de deux mois au cours de laquelle ils reçurent des marques de solidarité de la part des riverains et même de travailleurs d’autres pays.

Harry Walker, entreprise britannique de fabrication de pièces détachées automobiles, détenait des usines dans plusieurs pays. L’usine de Barcelone fut installée sur le passeig Valldaura en 1957 et, au début des années 70, elle employait près de 500 travailleurs.

En septembre 1970 se produisit une première grève des travailleurs, qui se plaignaient des conditions insalubres de l'usine. Ce mouvement déboucha sur une sanction de deux mois de suspension pour un travailleur et quarante avertissements à d’autres ouvriers. Les grèves et revendications continuèrent pour réclamer la levée de toutes les sanctions et une augmentation salariale de 3 000 pesetas par mois. L’entreprise ne fit preuve à aucun moment d’une attitude de dialogue et maintint les représailles jusqu’au 17 décembre, date à laquelle la police arrêta neuf travailleurs alors qu’ils entraient dans l’usine pour travailler. Le lendemain, quatre autres ouvriers furent renvoyés et cinq voitures et deux cars de police, ainsi que plusieurs patrouilles à cheval pénétrèrent dans l’usine, forçant les ouvriers à quitter les installations.

Les travailleurs décidèrent alors de se réunir chaque matin aux portes de l’usine, tandis que les sanctions augmentaient. La production de l’usine Harry Walker fut paralysée. Le support de la grève vint de Barcelone et de l’étranger, où les travailleurs des entreprises liées à Harry Walker s’en firent l’écho. De nombreux journaux français et italiens publièrent des informations sur la grève à Barcelone et les travailleurs de l’usine italienne de Turin déclarèrent le boycott de tous les produits destinés aux usines d’Espagne. La répression se poursuivit malgré tout et le 14 janvier, trois ouvriers furent arrêtés.

Les 14 travailleurs licenciés et les 253 ouvriers suspendus de salaire et de travail déposèrent une demande et la Magistrature du travail qualifia les licenciements d’abusifs. Même si les lois franquistes ne reconnaissaient pas le droit de grève, pour le juge, la suspension pour une durée indéterminée dictée par l’entreprise équivalait à un licenciement qui ne disait pas son nom.

La grève de l’usine Harry Walker dura jusqu’au 15 février 1971 (62 jours) et déboucha sur une augmentation de 1 000 pesetas par mois et la suppression des contrats de travail temporaires. Cela constitua un modèle de revendication ouvrière fondé sur des formes de démocratie directe. Les travailleurs réunis en assemblée décidèrent de se mobiliser sans le support direct des partis ou des syndicats clandestins.

À la fin des années 70, l’entreprise Harry Walker déménagea à Polinyà. En 1975, l’association des habitants de la Prosperitat proposa de réserver les terrains de l’usine à des services sociaux, ce qui fut fait. Aujourd’hui, l’espace accueille le collège-lycée Sant Andreu, l’école maternelle et primaire Santiago Rusiñol, la salle omnisports Valldaura et le centre de santé Rio de Janeiro, qui entourent une place avec une pergola et une fontaine ornementale.

Localisation: Passeig de Valldaura, 249-259 || Coordonnées: (LAT, LONG): 41.441019000, 2.182081000

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